Le Flixbus nous conduit de Trapani à Palerme en un peu plus d’une heure, soit plus de deux fois moins que le train que nous avions initialement envisagé. Nous arrivons en milieu de matinée, déposons nos encombrants bagages dans une consigne et partons redécouvrir cette belle ville dont le souvenir, vieux de 7 ans déjà, s’estompe un peu dans nos mémoires.
En sortant de la gare routière nous commençons par rejoindre pour le traverser l’incroyable et tonitruant mercato Ballarò où on trouve de tout. Les étals de légumes sont à la fois familiers par les types (courgettes, aubergines, poivrons…) et exotiques par les variétés et les formes. Certaines pièces de charcuterie ou de boucherie sont également inhabituelles pour nous, comme les bottes de 4 ou 5 cébettes bardées de lard fumé et cuites au barbecue.
Le poisson et les fruits de mer sont partout. Un marchand sympathique, malgré notre allure de touristes, essaie de nous convaincre d’acheter des crabes bleus vivants pour améliorer le bouillon de la langouste. Je nous imagine dans le train de nuit avec un panier de crabes vivants…
En plusieurs endroit on peut goûter à tous ces produits dans des restaurants de rue éphémères qui parfument l’atmosphère et dont les serveurs claironnent leur menu à vous rendre sourd. C’est bien tentant mais il est encore un peu tôt.
En descendant la rue Garibaldi (sans blague) on poursuit le parcours gastronomique avec cette jolie pile de cannoli prêts à farcir de ricotta et exposés sur le capot d’une Fiat 500 joliment peinte.
On passe devant l’énorme cathédrale que nous ne revisiterons pas, nous n’avons pas le temps. Bien qu’elle soit moins renommée et moins souvent citée que celles de Milan ou Florence – sans parler de Saint-Pierre de Rome, bien sûr – c’est l’une des plus impressionnantes qu’on puisse voir.
La fontaine Pretoria est toujours là, au milieu de sa belle place entourée de bâtiments remarquables.
Nous gardons un souvenir ému des oratoires du XVIème siècle, décorés des statues et des scènes de stuc de Giacomo Serpotta. Comme il est sur le chemin du jardin botanique où nous nous rendons, nous retournons voir celui de San Lorenzo. Le tableau du Caravage qui faisait sa fierté a été volé dans les années 1960, jamais retrouvé, et remplacé par une reproduction. Les ornements de Serpotta ont également souffert de pillages, il manque nombre de personnages dans les petits théâtres qui racontent les vies de Saint-Pierre et de Saint-Laurent. Ce qui subsiste de la splendeur initiale justifie néanmoins largement la visite.
Ce qui surprend peut-être le plus dans le travail de Serpotta c’est le contraste entre la tragédie de certaines scènes des petits théâtres, comme le martyr de Saint-Laurent, et les clowneries des putti tout autour.
Nous poursuivons la balade vers le jardin botanique dont nous espérons un peu de fraîcheur et nous souvenons vaguement qu’il est beau. Il est très beau, en effet, malgré la canicule qu’il a subie cet été.
Les ficus sont d’une taille formidable. Les visiteurs s’amusent à grimper dans les fourches basses et à imaginer des moyens de donner sur les photos une idée des proportions de ces arbres.
Certains de ces monstres ont poussé une véritable forêt de béquilles, ce qui leur permet d’étendre à l’horizontale leurs énormes branches sur des distances qui défient les lois de la physique.
Sous les rayons du soleil les palmes des cycas revoluta brillent d’un joli vert tendre.
La serre tropicale abrite des frangipaniers imposants et des bougainvilliers dont les troncs indiquent qu’ils sont là depuis très, très longtemps.
Dans un coin une expérience d’acclimatation de caféiers en pleine terre est en cours. Elle a déjà été tentée en 1905 mais les hivers trop rigoureux (-3° C) ont eu raison du café. Une autre tentative tout aussi infructueuse a été faite en 1911. Cette fois 25 plants de 7 variétés et âges différents ont été installés à l’ombre des arbres bouteille, protégés du vent par quelques rangées de citronniers. Cette initiative conjointe du jardin botanique et de la marque de café Morettino vise à évaluer dans quelle mesure le changement climatique pourrait autoriser la culture des caféiers ailleurs que dans la « ceinture du café », qui se situe actuellement entre les deux tropiques.
A l’entrée du jardin une exposition temporaire tente de sensibiliser les humains visiteurs à l’importance du règne végétal dans l’émergence des autres formes de vie sur terre, et à l’absurde gravité du changement climatique provoqué par ces mêmes humains. Le végétal-narrateur du film de présentation conclut en affirmant que les plantes étaient là bien avant les hominidés, qu’elles seront là bien après leur disparition, et que le futur sera vert.
Dans une vitrine au centre de l’exposition on peut admirer une édition originale en latin du Medici Senensis Commentarii de Pietro Andrea Mattioli (XVIème siècle). Les deux pages visibles sont richement illustrée. Tout comme pour certains bâtiments très anciens, comme le temple de Segesta, cette rencontre nous pousse à nous interroger sur la pérennité de nos productions actuelles. Quel livre récemment imprimé sera encore lisible dans 500 ans ?
















