Il aurait été bien dommage de ne pas profiter de nos vacances dans l’ouest de la Sicile pour visiter le site archéologique de Segeste, entre Castellammare del Golfo et Trapani, à 40 minutes de bus de chez nous. Segeste a été fondée au Vème siècle avant notre ère par le peuple des élymes. C’était une ville importante et elle l’est restée tout au long de son histoire mouvementée jusqu’à son déclin puis sa destruction par les vandales au Vème siècle après Jésus Christ. Même si elle a été habitée de nouveau par la suite et même si les normands y ont construit quelques bâtiments, elle n’a jamais retrouvé son rayonnement de la période antique.
Le premier monument que l’on voit en arrivant est le temple, avec ses 36 colonnes et ses deux tympans intacts. Il n’a pas de toît.
Les colonnes sont hautes d’une dizaine de mètres, font environ deux mètres de diamètre à la base et 1,5 au sommet. C’est du travertin en grosses tranches que le temps et les intempéries on bien creusé. Les colonnes ne sont pas cannelées.
Le socle du temple, le crépidome, sur lequel les colonnes sont posées, est fait de pierres bizarrement taillées, avec des protubérances sur les côtés.
D’autres détails indiquent que le temple n’a pas été terminé. La section des colonnes, par exemple, est plus importante que celle des chapiteaux. Elles auraient dû être travaillées pour les canneler et leur donner le diamètre final correspondant aux chapiteaux et aux bases. Le temple aurait dû recevoir une couverture dont on a trouvé nulle trace. De petits tenons cylindriques dépassent des pierres ici ou là. Toutes ces excroissances, de même que celles des blocs du crépidome, servaient à la protection des pierres pendant leur transport depuis la carrière située à 16 kilomètres de là et à leur manipulation ; elles auraient dû être retirées au burin une fois l’ouvrage achevé.
Les raisons de cet inachèvement sont probablement à chercher du côté de la guerre incessante que Selinonte (sur la côte, au au sud) menait à Segeste. Se battre ou construire, il faut choisir. Mais cet état est une aubaine pour les archéologues qui y trouvent de précieuses informations sur les techniques employées.
Les autres monuments intéressants sont situés plus haut et à 1,5 kilomètres de là, sur le mont Barbaro. Nous montons avec la navette car il fait déjà bien chaud, mais nous nous promettons de redescendre à pied pour profiter du paysage. De là-haut on a une vue splendide sur la campagne environnante, parsemée de vignes et d’oliviers, creusée de profonds ravins où coulent des rivières… lorsqu’il y a de l’eau.
Les normands, encore eux, ont construit un château au sommet du mont Barbaro, dont il ne reste pas grand chose.
Le théâtre est le monument le plus intéressant dans cette partie du site. Il est plutôt bien conservé malgré la disparition du mur de scène et de quelques rangées de gradins. Il fait face à un panorama qui justifie à lui seul de s’assoir ici et de regarder. Depuis les derniers rangs on aperçoit le golfe de Castellammare. Le serpent de l’autoroute est la seule incongruité dans le paysage.
En redescendant à pied vers l’entrée on voit le temple de loin. Ici aussi les petits escargots blancs grimpent sur les plantes desséchées et forment des files ou des grappes. Comme ils sont presque toujours accrochés du côté où la tige penche on en vient à penser qu’ils se positionnent peut-être sur le chemin qu’emprunte la rosée et qu’ils utilisent peut-être ce peu d’eau pour survivre pendant la saison sèche. Nous décidons de lancer l’opération escargots pour élucider ce mystère.








