En fin d’après-midi nous partons pour visiter les salines au sud de Trapani. Jadis au nombre de 42 et produisant 350000 tonnes de sel par an elles ne sont plus que 12 et produisent aujourd’hui entre 100000 et 150000 tonnes. L’activité est plus que millénaire. Elle s’est développée ici grâce à un ensemble de conditions très favorables telles qu’on les retrouve en Camargue : eaux peu profondes, vent, soleil…
Les salines sont un lieu privilégié pour les oiseaux. Elles sont en particulier une étape importante de la migration des flamants roses. Ceux que nous voyons sont plutôt blanc et gris mais c’est parce qu’ils n’ont pas encore assez mangé de crevettes, elles-mêmes gavées d’algues rendues roses par le béta-catotène qu’elles produisent pour se protéger de l’excès de soleil.
Le passage obligé et fort intéressant de la visite est le musée du sel, installé dans un ancien moulin de la saline Alfano.
On y voit des antiquités, comme cet arbre de couche du moulin à vent (la pièce horizontale qui transmet le mouvement de rotation des ailes à l’arbre vertical). L’axe est en chêne, le bois qui résiste le mieux à la torsion, et le pignon est en bois d’olivier car il est abondant, donc facile à remplacer, et plus ou moins auto-lubrifiant. Au mur du fond on voit une partie d’une aile de moulin vieille de 600 ans, la fierté du musée.
Les moulins à vent servaient jadis à pomper l’eau d’un bassin à l’autre. Ils mettaient en rotation une vis sans fin inclinée dont l’extrémité basse plongeait dans le bassin source et l’extrémité haute surplombait une goulotte conduisant l’eau pompée vers le bassin de destination. La vis était en bois et le tube extérieur calfaté au goudron. Celle de la photo a 150 ans. Aujourd’hui la vis est en métal et mue par un moteur moderne plutôt que par un moulin à vent, mais le principe est toujours le même. En se promenant dans la saline on en voit d’ailleurs une en fonctionnement.
Une belle collection de bottes permet à celles et ceux qui le souhaitent de patauger dans un cristallisoir pour jouer un moment au saunier. Un moment seulement parce que le métier a l’air épuisant. Certains essaient les outils du saunier et se rendent compte qu’ils ne sont pas tout à fait prêts à récolter le sel.
On a même le droit de se balader sur les petits chemins qui séparent les bassins.
Le paysage est magnifique dans la lumière dorée du jour finissant. On a une vue très dégagée sur le mont Éryx et sur Erice.
Le soleil se couche sur Levanzo, l’une des trois îles Égades qu’on voit depuis Trapani, à droite et derrière la tour sur la photo. On voit aussi les deux autres : Favignana où nous étions mercredi à gauche et Marettimo, la plus lointaine, au milieu. Il n’y aura pas de rayon vert mais c’est tout de même superbe. Les bavardages ont plus ou moins cessé face à ce spectacle, le calme revient et nous profitons pleinement de ce moment d’exception.

Pour protéger les tas de sel récolté de la pluie on les recouvre de tuiles canal en deux couches inversées, tout comme sur un toit provençal. La boutique du musée (à droite) imite un de ces gros tas de sel couverts. Tandis que les touristes y font leurs dernières emplettes de sels aromatisés à l’ail rose (une autre spécialité locale) ou à l’olive noire, le soleil jette ses derniers feux sur la saline.







