Nous retentons une visite de Erice après avoir vérifié sur Internet que le télécabine fonctionne bien. Par chance il fonctionne encore lorsque nous arrivons à la gare du bas. Après un petit quart d’heure d’ascension et 700 mètres de dénivelé il nous dépose au sommet du mont Éryx, à la porte de la ville. De là-haut on a une vue superbe sur Trapani et sur les salines, un peu plus au sud.
Erice est une assez grande ville de 25000 habitants, mais elle a vraiment l’air très ancienne. La plupart des bâtiments sont en pierre de taille, les rues sont artistiquement pavées de pierres taillées, tout est très minéral. On y entre en passant par la porte de Trapani, reste des anciennes fortifications qui ceinturaient jadis entièrement la ville.
Le premier monument que l’on voit en entrant est le duomo, la cathédrale, flanquée de sa tour-clocher, la Torre di Re Federico.
L’intérieur de la cathédrale est très impressionnant. Les arcs et la voute sont entièrement sculptés de motifs géométriques complexes et tous les piliers sont surmontés de chapiteaux finement sculptés.
Au milieu des figures d’angelots joufflus se glissent quelques créatures ailées monstrueuses assez marrantes.
Dans une autre église, San Pietro, nous découvrons que Trapani n’est pas la seule à avoir ses misteri. Certes, ici il n’y en a que 4, mais ils n’ont rien à envier en sophistication à ceux d’en bas. Grâce aux panneaux d’explications nous apprenons aussi que seuls les têtes, les membres et les structures internes cachées sont en bois. Le reste est fait de tissu et de colle afin d’alléger l’ensemble. Le terme « processione dei misteri », quant à lui, n’a rien à voir avec quelque mystère que ce soit. C’est une déformation de « processione dei mestieri » (procession des métiers), en référence au fait que ce sont les représentants de diverses corporations qui portent les groupes sculpturaux.
Erice est une ville d’art et d’artisanat. La céramique et le tissage font partie de ses spécialités. Dans la vitrine d’une famille d’artistes céramistes nous admirons Pinocchio et Geppetto sur le dos de la baleine. C’est splendide mais comme nous sommes venus en train ce ne serait pas très pratique à ramener chez nous.
En plusieurs endroits de la ville on tombe sur de belles sculptures en marbre de Philip Colbert. Elles représentent un personnage récurrent de langouste couronnée avec bras, jambes, costume deux pièces et pinces à la place des mains (plutôt un homard qu’une langouste, donc). Il est à chaque fois aux prises avec un ennemi, comme ici le minotaure. C’est très réussi et très amusant.

Parmi les divers monuments de Erice il en est un qui détonne. La Toretta Pepoli a été construite au XIXème siècle par la famille Pepoli, propriétaire de salines à Trapani et dont le patriarche était aussi maire de Trapani. Cette drôle de villa, avec tour ronde crénelée, est perchée au sommet d’une falaise vertigineuse et accessible par une rampe depuis la place de l’église San Giovanni Battista.
Le rejeton de la famille, Agostino Maria Alberto Sieri Pepoli, écrivain, mécène et comte, l’utilisait pour accueillir ses amis écrivains. En visitant cette étrange bicoque on se demande un peu où il les logeait car les pièces sont invraisemblablement petites pour un édifice de cette taille. On se croirait dans une maison maya dont l’épaisseur des murs ne laisse presque aucune place à l’intérieur malgré des dimensions extérieures imposantes.
Erice est fréquemment dans les nuages. C’est un phénomène amusant que nous avons déjà remarqué depuis Trapani : il y a parfois un seul nuage dans le ciel par ailleurs bleu azur, et il est au sommet du mont Éryx. Nous le vérifions sur place : le soleil alterne avec la grisaille et les écharpes de nuages traversent la ville en permanence. Compte tenu de la chaleur qui règne ces jours-ci en Sicile, ces écrans solaires sont tout à fait bienvenus.
Au-dessus de la Torretta Pepoli, sur sa propre falaise, se dresse l’imposant Castello di Venere (château de Vénus), dont le site a été habité au néolithique, dans l’antiquité romaine et au moyen-âge. L’un des murs d’enceinte, selon la légende, aurait été construit par Dédale lui-même. Nous ne savons pas si c’est avant ou après la construction du labyrinthe dans lequel on enferma le minotaure. Tiens, le minotaure, ça rappelle une certaine langouste…









